
Le plan pour Gaza à la fin de 2025 : ce qui se cache réellement derrière la « feuille de route » et pourquoi ses piliers clés sont déjà sous tension
À la fin de décembre 2025, l’expression « plan pour Gaza » est devenue une formule commode derrière laquelle se superposent documents, initiatives diplomatiques et déclarations politiques. En réalité, il ne s’agit pas d’un texte unique, mais d’une construction complexe. Son noyau est constitué du Comprehensive Plan to End the Gaza Conflict, présenté le 29 septembre 2025, dont le cadre politico-juridique a été formalisé par la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en novembre.
Cet ensemble sert désormais de référence pour les discussions sur la fin de la guerre, la gouvernance de Gaza « au lendemain du conflit » et l’éventuel déploiement d’une présence internationale. Pourtant, plus le débat s’éloigne de la première phase de cessez-le-feu, plus les contradictions internes de l’architecture du plan apparaissent au grand jour.
La résolution 2803 importe moins par la précision de ses formulations que par le fait même de son adoption. Elle a transformé une initiative américaine en un cadre doté d’une légitimité internationale, permettant d’aborder sérieusement la création de mécanismes temporaires de gouvernance à Gaza et l’idée d’une force internationale de stabilisation.
Pour de nombreux États, ce point est décisif. Sans mandat onusien, toute participation à une mission liée à Gaza aurait été politiquement toxique. Avec un tel mandat, même imprécis et contesté, un espace s’ouvre pour la diplomatie, la coordination et le financement.
Dans sa structure de fond, le plan repose sur trois piliers étroitement liés.
Le premier pilier concerne l’arrêt des hostilités : un cessez-le-feu, l’échange d’otages et de détenus, l’élargissement de l’accès humanitaire et une stabilisation minimale sur le terrain. Cette phase est souvent réduite, dans le discours public, à une simple « trêve », alors qu’elle a toujours été conçue comme transitoire.
Le deuxième pilier porte sur la gouvernance de Gaza après la guerre. Il prévoit la mise en place d’une administration civile de transition composée de technocrates palestiniens opérant sous supervision internationale. Ce modèle vise avant tout à rassurer les bailleurs de fonds sur le fait que les ressources destinées à la reconstruction ne tomberont pas sous le contrôle de groupes armés.
Le troisième pilier concerne la sécurité. Il implique le démantèlement du pouvoir armé, principalement celui du Hamas, et, le cas échéant, le déploiement d’une force internationale de stabilisation chargée de couvrir la période de transition.
Ce sont précisément ces deuxième et troisième piliers qui cristallisent les résistances et les controverses.
Selon les informations issues des médias occidentaux et des cercles diplomatiques, Washington pousse activement les discussions sur la formation de nouveaux organes de gouvernance à Gaza, tout en examinant parallèlement les paramètres d’une force internationale de stabilisation. Des consultations sont en cours avec des partenaires régionaux, portant sur la structure du commandement et sur les calendriers possibles de déploiement.
Dans le même temps, les médiateurs tentent de lier le lancement d’une « deuxième phase » du plan au début de l’année 2026, afin de donner l’impression d’un processus en mouvement. Mais ce mouvement se fait dans un couloir extrêmement étroit, où le moindre incident sur le terrain ou une déclaration politique trop tranchée peut bloquer l’ensemble.
La formule « technocrates palestiniens » sonne de manière rassurante et neutre. Elle évite les références idéologiques, la lutte armée et les clivages partisans. Dans les faits, elle laisse toutefois sans réponse des questions fondamentales.
Qui nomme ces technocrates et selon quelle procédure. Qui peut les révoquer. Quel est l’étendue et la durée de leur mandat. Comment leur légitimité est-elle établie aux yeux de la population de Gaza. Et surtout, sur quelle force coercitive s’appuient-ils pour faire appliquer leurs décisions.
Sans réponses claires à ces interrogations, toute administration technocratique risque de devenir soit un organe décoratif, soit une cible permanente de pressions de la part des acteurs armés. C’est pourquoi de nombreux observateurs estiment que la gouvernance de Gaza ne peut être dissociée du cadre politique palestinien plus large, y compris de la réforme de l’Autorité palestinienne et de la question de la représentation.
La logique officielle du plan repose sur l’idée que Gaza doit cesser d’être une source de menace militaire. Or, le désarmement ne se décrète pas.
S’il est imposé par la force, se pose immédiatement la question de savoir qui exerce cette force et qui en assume les conséquences. S’il résulte d’un accord politique, il faut alors préciser quelles garanties et quels incitatifs sont offerts en échange de l’abandon des armes et du pouvoir.
À ce stade, les documents publics maintiennent volontairement le flou sur ce point. Cette ambiguïté crée un risque majeur pour toute force internationale de stabilisation, qui pourrait se retrouver prise entre les parties sans règles d’engagement claires ni soutien politique solide.
Tout schéma de transition suppose un passage progressif du contrôle militaire à une gouvernance civile. Pourtant, à la fin de 2025, le débat politique israélien continue de produire des déclarations perçues comme contradictoires avec cette logique.
Des propos très médiatisés sur un éventuel retour des colonies ou sur un contrôle militaire de long terme à Gaza, même lorsqu’ils sont suivis de clarifications ou de démentis, affaiblissent la crédibilité de l’idée d’un transfert de pouvoir. Pour les médiateurs, cela signifie que même un modèle administratif soigneusement élaboré peut s’effondrer si les acteurs clés envoient des signaux contradictoires sur l’avenir du territoire.
Parallèlement au plan porté par les États-Unis, existe une initiative arabe distincte pour la reprise et la reconstruction précoces de Gaza. Présentée comme document officiel aux Nations unies, elle met l’accent sur la reconstruction rapide des infrastructures, la prévention du déplacement de la population et l’appropriation palestinienne du processus.
L’Union européenne et plusieurs acteurs internationaux considèrent ce cadre comme un complément important, voire comme une alternative, à l’approche américaine. Des tensions sont toutefois perceptibles entre les deux logiques. Là où la vision américaine privilégie la sécurité et le contrôle, le cadre arabe insiste davantage sur la souveraineté et la stabilité sociale.
Une première lecture considère que le plan est progressivement mis en œuvre. Il existe un mandat onusien, des médiateurs actifs, des plateformes de négociation et des premières étapes organisationnelles. Dans cette perspective, le moment décisif sera le lancement effectif de la deuxième phase et l’arrivée des financements pour la reconstruction.
Une deuxième lecture voit dans le plan une façade derrière laquelle se poursuivent les marchandages et les blocages. Chaque incident et chaque déclaration radicale deviennent des instruments pour retarder le processus ou en modifier les termes.
Une troisième lecture estime que le plan ne peut, au mieux, que geler le conflit sans en traiter le cœur. Sans horizon politique clair pour l’autodétermination palestinienne, toute formule de gouvernance transitoire reste fragile et réversible.
Les signaux diplomatiques de la fin de 2025 laissent entrevoir des tentatives d’accélérer le passage à la deuxième phase et de formaliser les paramètres d’une mission internationale. Dans le même temps, le risque d’une longue période de stagnation reste élevé, chaque acteur poursuivant ses propres priorités.
Dans un tel scénario, Israël privilégiera ses impératifs sécuritaires, le Hamas cherchera avant tout à survivre, les bailleurs de fonds géreront les risques, et les États arabes se concentreront sur la prévention du déplacement de la population et le maintien d’une présence palestinienne.
Le plan pour Gaza à la fin de 2025 n’est pas un document unique, mais une construction fragile composée d’une résolution du Conseil de sécurité, d’une initiative américaine, de propositions arabes et de compromis diplomatiques successifs. Sur le papier, il apparaît comme une voie de sortie de la guerre. Dans la réalité, il se heurte à trois questions fondamentales : le pouvoir, les armes et le contrôle.
Tant que ces questions ne recevront pas de réponses claires et largement acceptées, le plan restera à la fois une opportunité de stabilisation et un potentiel déclencheur d’une nouvelle crise.

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