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Essais dans le golfe du Bengale

22 décembre 2025

Essais dans le golfe du Bengale : NOTAM indiens, composante maritime de la dissuasion et confrontation stratégique avec la Chine

Introduction : un signal, et non une simple notification

La série de NOTAM publiés par l’Inde au-dessus du golfe du Bengale pour la période du 22 au 24 décembre 2025 dépasse largement le cadre de simples mesures de sécurité de la navigation. La géométrie de la zone restreinte, sa longueur — estimée entre environ 3 240 et 3 550 km — ainsi que les ajustements répétés du calendrier et de la configuration, indiquent une préparation à un essai de missile stratégique de longue portée d’origine maritime. Sur fond d’activité parallèle de navires océanographiques chinois, cet épisode prend la forme d’une interaction stratégique et de renseignement, plutôt que celle d’un événement technique isolé.

Les NOTAM comme instrument de signalisation stratégique

Dans la pratique indienne, les NOTAM liés aux essais de missiles ne servent pas uniquement de notifications formelles à l’aviation civile et au trafic maritime, mais aussi d’indicateurs publics de préparation. Dans ce cas précis, trois paramètres sont déterminants :

  1. La longueur du corridor, supérieure à celle habituellement associée aux missiles de croisière ou aux systèmes balistiques de courte portée.
  2. La configuration maritime, qui exclut les polygones terrestres et pointe vers un lancement en mer ou une phase maritime de la trajectoire.
  3. La répétition et les reports, qui créent un profil temporel instable, atypique d’une préparation purement technique.

Pris ensemble, ces éléments suggèrent que les NOTAM n’ont pas constitué un simple avertissement ponctuel, mais un élément dynamique d’une opération plus large, dans laquelle la notification elle-même devient partie intégrante de l’interaction avec des observateurs extérieurs.

L’hypothèse du SLBM K-4 : logique technique et stratégique

L’hypothèse analytique la plus fréquemment avancée concerne un possible essai du missile balistique mer-sol K-4 (SLBM), développé par l’Organisation indienne pour la recherche et le développement de la défense (DRDO). Cette évaluation repose sur la convergence de plusieurs facteurs plutôt que sur un indicateur isolé :

  • La portée attribuée au K-4 (environ 3 500 km) correspond étroitement à la limite supérieure du corridor NOTAM déclaré.
  • Les essais antérieurs en 2024, rapportés par des sources industrielles et des médias indiens, auraient été effectués depuis le deuxième sous-marin nucléaire lanceur d’engins de la classe Arihant, l’INS Arighaat, ce qui indique une phase de mise au point et de validation opérationnelle.
  • L’absence d’attribution officielle de la part des autorités indiennes est conforme aux pratiques observées lors des étapes sensibles des programmes d’armement stratégique.

Il convient de souligner que l’absence de confirmation officielle ne réfute pas l’hypothèse K-4, mais n’exclut pas non plus d’autres scénarios, tels que l’essai d’un autre système de longue portée ou d’éléments de l’infrastructure de lancement maritime.

Le facteur chinois : les « navires de recherche » comme plateformes de renseignement

Un élément majeur de l’épisode de décembre réside dans la présence, dans la région, de plusieurs navires chinois de recherche et de prospection, parmi lesquels Lan Hai 101, Shi Yan 6, Shen Hai Yi Hao et Lan Hai 201. Officiellement engagées dans des missions scientifiques, ces plateformes sont largement perçues, dans les cercles analytiques indiens et occidentaux, comme des actifs à double usage.

Dans le contexte d’essais de missiles, leur valeur potentielle tient à leur capacité à :

  • effectuer un suivi acoustique des activités sous-marines,
  • recueillir des données indirectes sur les lancements et les profils de vol,
  • identifier les zones d’impact des étages,
  • observer les schémas d’escorte navale et d’opérations de récupération.

Même en l’absence d’accès direct à la télémétrie, ces informations, accumulées dans le temps, améliorent la précision des évaluations des capacités adverses.

La logique de l’incertitude : pourquoi l’Inde déplace les fenêtres

Les reports répétés et la réémission des NOTAM en décembre ont conduit à l’interprétation d’une stratégie délibérée d’incertitude maîtrisée. Dans ce cadre, les notifications remplissent plusieurs fonctions :

  • Tester les réactions des observateurs extérieurs, en particulier les déplacements et le positionnement des navires chinois.
  • Réduire la valeur du renseignement collecté, en contraignant les observateurs à se repositionner ou à perdre des fenêtres d’observation optimales.
  • Dissimuler le moment réel du lancement, connu uniquement d’un cercle restreint de décideurs.

De telles pratiques sont caractéristiques des États qui renforcent la composante maritime de leur dissuasion stratégique et cherchent à limiter les fuites d’information durant les phases critiques de développement et de validation.

Contexte stratégique élargi

L’épisode du golfe du Bengale s’inscrit dans une dynamique régionale plus large :

  • L’Inde accélère le développement de sa dissuasion nucléaire maritime afin d’en accroître la survivabilité et l’autonomie.
  • La Chine étend sa présence dans l’océan Indien au moyen d’instruments de « zone grise », tels que les navires de recherche, les points d’accès logistiques et les escales portuaires.
  • La région devient un espace d’intersection des intérêts de puissances dotées de l’arme nucléaire, dans un contexte de transparence limitée et de mécanismes de confiance insuffisants.

Dans un tel environnement, même un essai technique acquiert inévitablement une portée politique et militaire.

Faits établis et hypothèses analytiques

Faits établis :

  • L’Inde a publié des NOTAM de grande ampleur au-dessus du golfe du Bengale pour la période du 22 au 24 décembre 2025.
  • Les paramètres de la zone restreinte correspondent aux profils associés aux essais de missiles de longue portée.
  • Des navires de recherche chinois étaient présents dans la région durant cette période.

Hypothèses analytiques :

  • L’existence d’un lien direct entre la fenêtre annoncée et un essai du SLBM K-4.
  • Le recours délibéré à une stratégie de « jeu du chat et de la souris » comme outil stratégique, plutôt qu’une simple coïncidence.
  • L’ampleur et la qualité des données de renseignement collectées par les plateformes chinoises.

Conclusion

Les NOTAM de décembre au-dessus du golfe du Bengale doivent être interprétés non comme un événement technique isolé, mais comme un fragment d’interaction stratégique, dans lequel essais, collecte de renseignement et signalisation des capacités sont étroitement imbriqués. Indépendamment du fait qu’un lancement ait effectivement eu lieu durant la fenêtre annoncée, le scénario reflète l’intensification de la compétition dans l’océan Indien et l’évolution vers des formes plus sophistiquées de signalisation et de contre-renseignement entre puissances régionales.

Sources

Chatham House

India Today

South China Morning Post

Mathrubhumi

The Tribune India

Naval Technology

The Economic Times

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